Train Land (2/2) Rencontre avec Bernard Domart
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Train Land (2/2)

Rencontre avec Bernard Domart

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Train Land (2/2) Rencontre avec Bernard Domart

Transcription :

Retour à Saint-Dié des Vosges pour la deuxième partie de la visite du musée Train Land, un musée que vous avez découvert la semaine dernière en compagnie de Daniel Fusilier l'un de ses trois fondateurs. Il vous a fait découvrir le musée ainsi que le grand réseau de 80 mètres carrés à l'échelle du 1/32 ème. Comme promis cette semaine, nous changeons d'interlocuteur et nous serons en compagnie de Bernard Domard. Quand à lui, il a été guide pendant quelques années au musée du chemin de fer de Mulhouse avant qu'il ne devienne La Cité du Train, et sa passion pour les chemins de fer l'a amené à reprendre du service peu de temps après l'ouverture de Train Land à Saint-Dié.

Train Land, c'est le musée animé du Train et des Collections, il a ouvert ses portes il y a 4 ans à Saint-Dié des Vosges.

A Train Land plus de 500 véhicules roulants sont exposés, et circulent sur 10 réseaux dont les échelles s'étalent du 1/220ème au 1/32 ème, et dont les époques vont des plus reculées de l'histoire du train jouet il y a un siècle à la plus récente qui a vu arriver le numérique.

Bernard Domart a découvert Train Land et rencontré ses promoteurs peu de temps après son ouverture. Il a décidé d'y apporter le train électrique de son enfance, plutôt que de le laisser dormir dans ses cartons et de s'impliquer dans la vie du musée en temps que guide bénévole.

Sur le réseau de Claude Charot, en Jep tin-plate, j'ai apporté le train électrique que je possède depuis mon Noël 1958, enfin les années 58 jusqu'à 1966. La marque Jep qui était très emblématique du tin-plate en France, c'est une marque française : le Jouet de Paris. Nous sommes avant l'avènement de la matière plastique et d'ailleurs c'est ce qui contribuera à couler cette firme qui malgré tout, fait du train électrique de très haute qualité, c'est ce qui se fait de mieux en matière de train jouet à l'époque puisque l'on est dans le jouet en zamac pour les locomotives et c'est très mécanique, tout se démonte. Alors évidemment, le papa qui avait fait ce choix, il avait bien vu que c'était un jouet qui pouvait effectivement durer dans le temps et la preuve c'est qu'aujourd'hui grâce à internet, on peu négocier des pièces un peu abimer à des prix intéressants et s'en servir de magasin de pièces détachées.

Bernard restaure ainsi d'anciens véhicules qui ont souffert avec le temps, mais il s'amuse aussi parfois à en créer de nouveaux.

Comme je suis très passionné par cette échelle et notamment cette marque qui est très proche du train de qualité, dans la mesure ou je peux retrouver de la pièce détachée, je me refabrique des wagons, j'ai même …, ma folie c'est un peu les fourgons. Je fais des fourgons. Je pars de châssis existants et d'organes de roulement de toutes façon, alors les boggies, et puis les attelages, les tampons, éventuellement les toitures, les rambardes, les soufflets …. et puis la dessus je travaille de dessin libre des caisses, à partir de tôles de 5/10ème que l'on trouve dans les grandes surfaces et recouvertes de vinyle adhésif qui sont des chutes que je trouve chez les imprimeurs. Des chutes de toutes les couleurs, ce qui permet d'avoir quand même une gamme également de décorations qui peut-être intéressante, mais toujours dans la naïveté du train jouet. Et puis en plus, on peu bricoler ça sur le coin d'une table, ça se coupe aux ciseaux, au cutter, avec la petite lime, ça se perce facilement, ça se visse. Tout est vissé, s'il m'arrive un avatar sur un wagon ou une locomotive, je peux tout démonter, je peux changer la pièce et la refaire. Je vais avoir par exemple ce fourgon … je vais le détacher … J'ai ce magnifique fourgon … ce sont des boggies Jep de récupération des fameuses voitures Forestier, cette fameuse gamme des années 60. La vigie ici est extraite d'une voiture Pullman, j'ai deux toitures de fourgons que j'ai rajustées ensembles, la vigie permet de dissimuler la couture en quelques sortes, le toit est vissé, tout est vissé et le reste c'est du vinyle, et de l'aluminium. Et puis l'ordinateur fait le reste pour les marquages. Ça, ça va intéresser beaucoup des amateurs qui nous regardent. C'est un châssis moteur de 141P Jep. Ça c'était le modèle de prestige de la marque, dans le courant des années 60. Mais la caisse, malheureusement comme c'est arrivé souvent pour les collectionneurs qui connaissent certains inconvénients, la caisse a été bouffée par la maladie du zamac et j'ai du refaire une coque intégralement en tôle d'aluminium que j'ai roulé bien sur … sur un manche de pioche ! Voyez, il faut improviser ! Et puis, recouvert de vinyle adhésif. En recouvrant de vinyle adhésif marron, comme je suis un inconditionnel du Nord, et bien j'ai reconstitué une locomotive de la grande époque des Rotchild avant l'avènement de la SNCF en 1938. Comme j'ai été guide pendant 3 ans au musée du Chemin de fer de Mulhouse, avant qu'ils créent la Cité du train, j'ai creusé bien sur toutes les petites histoires du chemin de fer, et j'ai vu un jour dans un ouvrage que la livrée chocolat des locomotives du nord était due au baron Alphonse de Rotchild propriétaire du réseau, qui en 1896 avait fondé sont écurie de course, il avait des chevaux de course, et en 1896 lorsqu'il organise le premier grand prix hippique de Paris, il fait repeindre les locomotives de vitesse qui iront chercher les amateurs de course hippiques qui viennent d'Angletterre, du Bénélux et même d'Allemagne du nord jusqu'à la gare du nord à Paris. Il fait repeindre ces locomotives de vitesse de la couleur de ses purs-sangs. Alors j'avais vu cette histoire là, et là dedans, vous avez un peu l'emblématique du réseau du nord. Alors après on s'amuse parce-que on récupère des pièces détachées à droite à gauche, on fait ça de brique et de broc et la notamment je vais vous montrer, vous avez si vous voyez bien, les soupapes ici par exemple, ce sont des vis de charnières de meubles en kit ! On bricole un peu avec tout ce que l'on trouve sous la main. Alors évidement, c'est le la créativité, c'est de l'imagination, et puis j'ai refais un tender également, en pièce unique, parce-que le tender d'origine commençait à se fissurer. Alors voilà ! Donc on a ça ! Ici, j'ai fabriqué un diesel. Alors ça, c'est une pièce unique, parce-que c'est un chassis moteur de BB8100 Jep bien sur, mais j'ai coupé une coque de fausse BB, j'ai mis une rallonge au milieu en fer blanc, j'ai recouvert de vinyl, et puis un coup de peinture et ça donne ça ! Alors, j'ai fais un diesel ! Et ça manquait ça dans les catalogues, mais à cette époque là le diesel était encore très balbutiant. Alors voilà, donc on a tout ça, et je bricole ça sur un coin de table, c'est facile, la tôle d'aluminium ça se coupe aux ciseaux, au cuter, même les ouvertures des fenêtres. Alors ça demande beaucoup de patience, mais avec la lime et avec la perceuse, on y arrive.

Cette passion pour les trains jouets anciens, et le chemin de fer de façon plus générale, Bernard sait très bien à qui il l'a doit

Mon père à l'époque il est chauffeur, puis mécanicien ensuite sur les locomotives à vapeur de la banlieue nord de Paris, les fameuses 141 TC, les plus puissantes locomotives à vapeur de banlieue que l'on ai connu, les anciennes 4 /1200 de la région du nord, du réseau nord. Mon père à chauffé ces machines jusqu'en 1970. A la gare du nord vous avez aujourd'hui des TGV, des Thalys, des Eurostars, à l'époque, vous aviez encore des locomotives à vapeur. J'ai connu cette époque, j'ai vécu au sein d'une famille de chauffeur et j'ai connu la trilogie du mécanicien qui disait ma locomotive mon chauffeur et ma femme, j'ai connu ça à la maison, au quotidien. Comment voulez-vous qu'après on puisse résister au désir de commander au Père Noël un train électrique ? Un beau train électrique. Chez nous, la prime de charbon, on sait ce que c'est. Alors, pour vous donner un ordre d'idée, la boîte de départ du train électrique en 1958 qui comprenait la fameuse BB 8100 verte, 3 voitures Forestier et les rails et le transformateur, ça équivalait à à peu près un quart du salaire de chauffeur. Alors, plus tard, j'apprendrais que mon père avait financé le train électrique en économisant sur sa prime de charbon.

A Train Land l'essentiel des collections est constituée de reproductions en modèles réduits de convois circulants ou ayant circulés un peu de partout en Europe et aux Etats-Unis, mais un pan de mur du musée a été réservé à un nouveau projet qui lui concerne bel et bien le chemin de fer réel.

On a un membre à l'association qui nous amène de temps à autre des pièces de locomotive à vapeur, alors on est en train de prévoir … on a un projet de reconstitution de devanture de locomotive et là ici, on a un sifflet par exemple de 231 K Est, donc là ici c'est régional, un indicateur de niveau d'eau. Notre ami René Revert a refait un index sur le côté pour que l'on puisse renseigner notre public qui est très curieux de ces choses … Le musée contribue un peu à perpétuer des souvenirs de cette grande époque des machines à vapeur et d'un chemin de fer qui aujourd'hui nous échappe un peu bien sur, mais ou il avait encore toute sa poésie bien sur. J'ai fais le guide pendant 3 ans au musée du Chemin de Fer à Mulhouse, avant qu'il ne le convertissent en Cité du train. Pour la petite histoire, au musée du Chemin de fer, vous avez la locomotive qui est couchée, la fameuse 140A149 du nord. Ils voulaient la ferrailler parce-que la SNCF n'avait plus les moyens de restaurer du matériel, et du coup, j'ai dit non, ne l'envoyez pas à la ferraille, on peu en faire quelque chose. On va illustrer une scénographie sur les trains de la guerre, pourquoi ne pas simuler un acte de la résistance, un sabotage, en couchant la machine sur son côté sur un talus. Et effectivement l'idée à pris corps. L'avantage ? Ça permet d'en faire le tour et de voir surtout au niveau du train de roues comment la locomotive s'inscrit en courbe. Parce-que l'on a l'essieu médian dont le boudin est aminci, donc la table de roulement est rétrécie, et puis le bissel avant qui retombe et qui permet de voir comment ça s'articule par rapport au châssis. Le bissel ou le boggie avant des locomotives étant l'organe qui empêche de dérailler, même si quelques fois ça arrive. C'est toujours intéressant de rappeler ces petites histoires et ces grandes histoires du chemin de fer et puis bon, c'est un peu aussi dans mes gênes ça d'expliquer aux gens, ce côté pédagogique, illustré par l'histoire. Et c'est vrai que le chemin de fer est riche, en anecdotes de toutes sortes et puis on peu même donner dans le plus morbide parce-que malheureusement il arrivait des accidents et des tours pendables comme on disait. Mais, il arrive des anecdotes très intéressantes et surtout même historiques. Il y a cette fameuse histoire du président de la république Paul Deschanel qui dans la nuit de Pentecôte 1920 va se retrouver en pyjama dans la voie ! Il y a des choses comme ça ! Le public adore ces choses là !

Pour entendre des histoires comme celle-là et beaucoup d'autres encore et découvrir la riche collection du musée Train Land et son nouveau grand réseau au 1/32 ème s'étalant sur plus de 80 mètres carrés, il ne vous reste plus qu'à vous rendre à Saint-Dié des Vosges ou vous serez accueilli par quelques uns des membres du Cercle des modélistes Déodations, l'association qui porte le musée qui a été inauguré en mai 2016. Pour rappel, celui-ci est ouvert toute l'année du mercredi au dimanche de 14h à 18h. Vous retrouverez toutes ces informations pratiques sur le site du musée www.trainland.fr

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