Les chemins de fer en Ardèche Méridionale
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Les chemins de fer

en Ardèche Méridionale

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Les chemins de fer en Ardèche Méridionale

Transcription :

 Savez-vous quel est le seul département français qui n'est plus desservi par le train ? On va y aller cette semaine dans Aiguillages, en voiture forcément, et vous allez voir que si les trains réguliers de voyageurs ont déserté la région, le chemin de fer a laissé de nombreuses traces de son passage. Dans ce département les initiatives prises par des passionnés sont nombreuses. Ils sont bien décidé à ne pas laisser tomber le train dans l'oubli et ils m'ont montré comment.

Je vous emmène en Ardèche, un département qui a été totalement déserté par les trains, mais ou en cherchant bien on rencontre encore pas mal de passionnés qui en font revivre la mémoire.

Je vous ai déjà présenté il y a quelques temps dans Aiguillages le Train de l'Ardèche qui circule dans les gorges du Doux entre Saint-Jean de Muzols et Lamastre, l'association Sauvegarde et Gestion de Véhicules Anciens qui est basé à Boucieu le Roi, mais aussi le Jardin des Trains Ardéchois à Soyons, cette fois-ci je poursuis mon enquête un peu plus au sud en Ardèche Méridionale ou j'ai retrouvé Jean-Michel Gerlat qui m'a fait monté à bord de sa draisine électrique pour parcourir quelques km sur l'ancienne ligne du Teil à Alès et rencontré Dédé l'Ardéchois qui m'a fait visiter son petit musée.

Ma visite commence à Saint-Jean le Centenier. Depuis le Teil la route nationale 102 longe une ancienne voie ferrée construite par le PLM dans le but de relier le bassin minier d'Alès à la vallée du Rhône. Ici, sur une portion de cette ligne d'une centaine de km, un vélo-rail a été créé en 2016. Je vais faire le parcours sans me fatiguer grâce à Jean-Michel Gerlat qui a mis au point une draisine électrique. Jean-Michel, vous le connaissez sans doute si vous regardez régulièrement Aiguillages, il est aussi modéliste et l'auteur de plusieurs réseaux que je vous ai présenté dans différents reportages. La ligne des Cévennes est sa principale source d'inspiration. Si l'on pouvait parcourir celle sur laquelle nous roulons avec sa draisine mais de l'autre côté de Saint-Jean le Centenier, on pourrait d'ailleurs finir par la rejoindre. Là-bas sur le plateau Cévenol, entre 1877 et 1935 un chemin de fer industriel à voie étroite permettait d'évacuer le charbon produit dans les mines de Banne près d'Alès et de l'amener jusqu'au grand train. Il s'agissait d'alimenter les installations industrielles du Pouzin et de la Voulte sur Rhône, non loin d'ici, en Ardèche. Saint-Jean le Centenier est le point culminant de cette section de la ligne. Aussi, dans ce sens de circulation la draisine n'a pas à trop forcer, comme les vélos-rails, il lui suffit de se laisser glisser. Le retour lui demandera un peu plus d'efforts. Cette draisine est à ce jour à usage privé, mais Jean-Michel aimerait la faire homologuer. L'idée serait de permettre aux touristes qui souhaitent découvrir le parcours sans trop forcer de pouvoir faire une balade tout confort un peu comme ils le feraient s'ils empruntaient un train. Cet engin est pour l'instant un prototype que Jean-Michel a déjà modifié en fonction de ses premiers retours d'expérience. Il l'a par exemple équipée d'un deuxième moteur pour en améliorer la traction. Deux batteries de 12 volts les alimentent. Les commandes de l'engin sont assez simples pour que n'importe qui puisse être capable de la piloter. En fonction des conditions dans lesquelles elle pourrait être autorisée, Jean-Michel envisage la possibilité de faire rouler sa draisine en convoi, un peu comme un train, ce qui rendrait son idée viable, si l'organisme chargé de son homologation lui imposait la présence d'un accompagnateur. En attendant, les touristes qui ont envie de faire un peu d'exercice peuvent louer un vélo-rail classique. Le parcours mesure 11 km aller retour. Il se fait en pente à l'aller, en rampe au retour. 20 pour 1000 en termes ferroviaires, soit 2 pour cent qui demandent de pédaler un peu plus plus au retour.

Il permet de découvrir une partie de cette région que les touristes ne connaissent pas trop, l'Ardèche méridionale, même si elle se situe non loin de grands sites touristiques tels Valon pont d'Arc.
Sur les 5 km du parcours, on traverse 5 viaducs et un petit tunnel avant d'arriver un près de la gare de Saint-Pons ou il faut retourner son vélo pour remonter à Saint-Jean Le Centenier. Pour ceux que cette petite randonnée tente le Vélo Rail du Sud de l'Ardèche est ouvert les mercredi, samedi et dimanche jusqu'au 4 juillet, tous les jours pendant la saison estivale avec 5 horaires de départ possibles. Des ombrelles sont ajoutées aux vélos-rails, les jours de grand soleil.

Je vais remonter maintenant encore plus à l’intérieur de l'Ardèche méridionale. J'ai rendez-vous à Meyras un petite village médiéval avec Dédé l'Ardéchois. Lui aussi, la ligne dont je viens de ne parcourir qu'un tout petit bout, il l'a connaît bien. De son vrai nom, André Rouy, il est à l'origine de la création d'un train touristique qui a circulé durant quelques années entre Vogüé et Saint-Jean le Centenier et l'auteur de plusieurs livres sur la région, dont La Fabuleuse Histoire du Chemin de Fer en Ardèche Méridionale. André est guide, animateur de pays. C'est cette activité qui lui a valu son surnom de Dédé l'Ardéchois. L'été, en soirée, il fait visiter son village aux touristes qui s'y trouvent et cette balade se finit dans le petit musée dédié aux trains qu'il a créé ici, dans ce village de Meyras qui n'a pourtant jamais vu passer le moindre train. Mais André Rouy descend d'une famille de cheminots.

J'ai du sang de cheminot dans les veines puisque mon père et mon grand père étaient tous les deux chefs de brigade et ma mère et ma grand mère étaient toutes les deux gardes-barrières. Ma mère a été la dernière garde barrière à la Bégude sur la ligne qui venait en Ardèche, et elle est toujours en vie donc c'est la plus ancienne garde barrière qui vit encore sur le secteur.
J'ai créé ce musée parce-qu'il y a une 30aine d'années, je m'étais battu avec l'association Viaduc 07 dans le but de sauvegarder ce patrimoine ferroviaire. Quand on a su que la SNCF abandonnait ses lignes en Ardèche et on a créé avec beaucoup de difficultés une association qui a très bien marché. On était 150 membres dedans. On nous a imposé des choses invraisemblables. Un bureau d'études pour savoir si c'était vraiment intéressant à faire, le bureau d'études à dit que être un circuit touristique a proximité du Mastrou ou des Chemins de fer à Vapeur des Cévennes, avec un autorail Picasso c'était pas du tout rentable, que si on arrivait à 6000 visiteurs par an ce serait un exploit et trois ans après on avait dépassé les 20000. Devant cette indifférence totale qui s'est déroulée au cours de plusieurs décennies, j'ai décidé en 2018, le 1er avril 2018, d'ouvrir un espace qui relate ce passé ferroviaire ici, qui correspondait au 30ème anniversaire du dernier train de marchandises et comme j'ai eu beaucoup de succès, les gens m'ont incité à créé cet espace que j'appelle le Petit musée à Dédé et que j'ai officiellement ouvert le 9 mars 2019 pour relater le 50ème anniversaire deu dernier train de voyageurs.

L'espace dont André Rouy dispose pour raconter cette histoire du train est assez contraint, aussi doit-il l'optimiser au mieux. Pour répondre à l'une des questions récurrentes des visiteurs qui lui demandent toujours ou passait le train en Ardèche méridionale, il a même du avoir recours à une astuce pour le moins inattendue

J'ai tracé au plafond, l'ensemble des lignes qui desservaient l'Ardèche autrefois. C'est à dire qu'à partir du Pouzin, c'était la première ligne, qui est venue desservir Saint-Lager-Bressac, Chomérac, Alissas et Privas. Privas a été une des premières préfectures de France desservie par le train et je crois même la première en 1864, et elle a été la première non desservie en 1938. Et après, ce qui s'est passée, c'est que la ligne s'est prolongée pour aller sur Nîmes et au Teil on a décidé de faire un embranchement. Pourquoi ? Parce-qu'à l'origine le train qui devait servir à rapatrier le charbon du bassin minier d'Alès aurait du passer par Aubenas, Privas et le Pouzin. Malheureusement, les élus Aubenassiens et les élus Aubenassiens ne voulaient pas entendre parler de trains. Donc la compagnie du PLM de trouver une autre alternative et elle a créé cette ligne : Le Teil-Aubignas-Vogüe-Balazuc-Ruoms-Vallon-Saint-Paul-le-Jeune et la bassin minier d'Alès. Donc cette ligne a été construite très très rapidement. Elle a été inaugurée même avant la fin des travaux, de façon qu'il fallait ramener rapidement ce minerai du bassin d'Alès sur les hauts-fourneaux de la Voulte de du Pouzin. Une fois que la ligne a été créée, les élus et les commerçants Aubenassiens ont redemandé le train. Donc à partir de Vogüe on a fait l'embranchement Saint-Cerin-Aubenas. Cette ligne d'Aubenas s'est prolongée jusqu'à Lalevade d'Ardèche pour rapatrier le bassin minier de Lalevade et de Prades et après il y a eu l'embrachement sur Largentière pour amener le minerai, la galène, le minerai argent et plomb qui provenait des mines de Largentière.
Au total, ce sont 5 lignes de chemin de fer qui irriguaient l'Ardèche méridonale. Même au fin fond de ce département dans ce petit village André constate qu'il y a un réel engouement pour les chemins de fer et leur histoire

Il y a vraiment un intérêt parce-que les gens qui viennent ici, je leur raconte un petit peu l'histoire du chemin de fer en Ardèche et eux ils me racontent pourquoi ça les intéresse aussi et qui dans sa famille n'a pas eu un oncle, un parent, quelque chose comme ça, cheminot ? C'est très très rare.

Un intérêt pour la chose ferroviaire qui est sans doute lié au fait qu'un français sur 5 a au moins un membre de sa famille qui travaille ou à travaillé au chemin de fer. La crise sanitaire a eu des répercutions jusqu'à Meyras, ou pour rouvrir son petit musée André a du procédé à quelques aménagements qui finalement pour certains l'arrangent bien, car ils l'ont aidé à repenser la visite de cet espace.

Le confinement m'a imposé plus ou moins un sens de visite, mais ça m'arrange ! Du compte fait, j'ai organisé tout ça et le sens de visite permet dès le départ, de découvrir les 5 lignes qui ont desservis l'Ardèche méridionale avec les explications, un petit extrait du livre qui relate toute l'histoire du chemin de fer en Ardèche, et on continue ici avec différents objets ferroviaires qui m'ont été apportés. Ça c'est encore un cadenas de mon père, de la SNCF, des tirefonds, les différents tirefonds avec la petite explication c'est que sur ce tirefond là ou il y a une colorète au milieu, un petit creux et bien ce projet de tirefond avait été inventé par un chirurgien dentiste de Biarritz et par la suite la SNCF du moins les compagnies ferroviaires ont utilisées ce principe de vis, qui ne se dévissent pas, c'est pour ça qu'ils ont choisi ça. Malheureusement ce dentiste n'aura jamais su que son projet pour mettre des dents avec un système comme ça aura servi à tenir des rails sur des traverses.

Des anecdotes comme celles-ci André en a encore beaucoup à vous raconter. Il le fera volontiers autour de l'un des 4 petits réseaux que compte le musée. Pour lui rendre visite c'est très simple, il suffit de lui passer un coup de fil. Le musée n'est en effet visitable que sur demande, mais comme André habite juste à côté, et n'est en général pas très loin, c'est avec plaisir qu'il viendra l'ouvrir pour vous. Si vous souhaitez séjourner dans la région, il a même 4 gîtes à vous proposer. Et si vous voulez approfondir encore vos connaissances sur le sujet de l'histoire des chemins de fer dans la région, vous pouvez commander auprès de lui son dernier livre, "La fabuleuse histoire du Chemin de Fer en Ardèche Méridionale". Au fait, saviez-vous que cet unique département français dépourvu de trains c'était l'Ardèche ? Vous pouvez me le dire dans les commentaires.

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