Il y a 50 ans ... Paris-Bastille Rencontre avec Didier Leroy
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Il y a 50 ans ... Paris-Bastille

Rencontre avec Didier Leroy

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Il y a 50 ans ... Paris-Bastille Rencontre avec Didier Leroy

Transcription :

Lien vers le livre de Didier Leroy : Il y a 50 ans ... Paris-Bastille

Ce n'est qu'en 1984 que la gare de la Bastille a disparu du paysage urbain parisien, pour laisser la place à un bâtiment beaucoup plus moderne, l'Opéra Bastille, entraînant au passage de très profondes transformations de ce quartier populaire. Pour ses habitants et ses amoureux, avec la démolition de la gare, c'est même l'âme du quartier qui s'est envolée.

La gare de la Bastille a été construite en 1859 par la Compagnie de l'Est pour désengorger celle dite de Strasbourg qui recevait tout le trafic en provenance de l'Est de la France. La vocation de cette nouvelle installation était bien différente, car il s'agissait de transporter ceux qui travaillant à Paris, vivaient à l'extérieur de la capitale. Le Chemin de fer de Vincennes, fut inauguré par Napoléon III le 22 septembre 1859. On peut considérer cette ligne comme la première de banlieue. En effet, mise en service en plusieurs étapes, elle desservait un secteur fortement urbanisé jusqu'à Boissy-Saint-Léger, avant de rejoindre Verneuil l'étang et la ligne 40 de la Compagnie de l'Est. Il faudra attendre plus de 30 ans après la mise en service du premier tronçon pour atteindre ce terminus qui ne fut desservi qu'à partir de 1892. Sur cette deuxième section c'est un paysage plus rural qui est traversé. L'avenir de cette ligne n'a jamais été très assuré. Aussi la Compagnie de l'Est ne s'est jamais bien précipitée pour la moderniser. Il faudra par exemple attendre 1936 pour voir arriver l'éclairage électrique dans la gare de la Bastille, et même après son passage dans le giron de la SNCF, c'est le statut quo. Cette gare semble aborder la dernière décennie de son existence sans avoir été affectée outre mesure par les nombreux changements que connait le monde dans lequel elle vit. Pour elle, le temps s'est arrêté.

On est dans un monde qui change énormément, au milieu des années 60. Un monde qui est tout en couleurs, un monde ou il y a une ascension sociale, ou un monde ou on pense à l'époque que le moderne va apporter toutes les solutions du monde au bien-être, et il en a apporté beaucoup, mais l'expérience avec le recul du temps montre qu'il n'a pas apporté toutes les solutions du monde. Du coup, cette gare de la Bastille et cette ligne jusqu'à Boissy Saint-Léger, elle n'a pas bougé pratiquement depuis 1859, c'est à dire plus de 100 ans. C'est encore des locomotives à vapeur, c'est une gare qui n'a jamais connue la traction diesel. Donc, c'est une gare qui vit au rythme du très tôt le matin, jusque très tard dans la nuit, telle qu'elle a toujours vécue. Le bâtiment n'a pas changé, les quais sont toujours les mêmes, la grande verrière, le poste d'aiguillage, c'est encore un poste Saxby d'origine. Il y a encore tout un personnel, et ces vieilles locomotives qui gratifient de leur panache les habitants du bord du viaduc. Et les gares de la partie de banlieue, sont des gares qui ont encore leur aspect de gare qui ressemblaient même un peu … reprenaient l'esprit des guinguettes puisqu'à l'origine, elles vont rappeler un peur dans leur architecture, dans les rajouts, les festons, les volets, les balustrades … elles vont rappeler les guinguettes du bord de Marne. Donc on est dans un monde qui n'a pas changé. Et même si c'est vieillot, même si c'est désuet … il y a quelque chose de rassurant.

Les trains empruntant la ligne V quittent Paris par une long viaduc longeant l'avenue Daumesnil sur peu plus d'1km, avant de contourner le bois de Vincennes et de suivre le cours de la Marne. La semaine se sont des travailleurs qui l'empruntent. En 1969, à la veille de sa fermeture, 66 trains prennent le départ chaque jour depuis Paris, aux heures de pointes, certains se suivent à deux minutes d'intervalle. Dès sa création en 1859 un service cadencé avait été mis en place, avec un départ toutes les 30 minutes de 7 heures à 19 heures. Le dernier train quittait Paris à minuit et demie. Dans les années 30, un projet d'électrification de la ligne fut étudié, mais les coûts de mise en œuvre furent jugés prohibitifs eu égard aux améliorations espérées, d'autant qu'en 1925 de nouvelles locomotives à vapeur mises en service sur ce réseau avaient permis de gagner plus de 20 minutes sur le trajet. Au final, c'est un tout autre destin qui attendait cette ligne et avec elle, la gare de la Bastille, qui au passage réussit tout de même à gagner une bonne 30 aine d'années de vie supplémentaire.

La RATP qui était à l'époque la Compagnie du Métro de Paris voulait déjà récupérer cette ligne dans les années 30, et un choix va être fait. Comme tout choix, il est discutable, c'est de la glisser à la RATP dans le cadre du Réseau Express Régional, le premier RER mais en amputant la partie parisienne c'est à dire de Saint-Mandé jusqu'à la Bastille.

Pendant ses années de sursit la vie continue à son rythme, à la gare de la Bastille

La gare elle vit au rythme des trains qui vont et qui viennent entre Paris et Boissy-Saint-Léger. Il y avait quand même des directs. Il y en a qui s'arrêtaient pas dans toutes les gares. Le début des années 60 est intéressant, parce-que c'est à partir de 1862 la réversibilité. Jusqu'à cette époque, les locomotives qui étaient des 131 TB qui vont être remplacées à partir de 1962 par les 141 TB. Les 131 TB, il y en a eu 50, c'était des ex 32000 de la Compagnie de l'Est, qui ont été faites pour la ligne de la Bastille. Il faut savoir que lorsqu'elles sont mises en service au milieu des années 20, elles ont gagné sur les directs, 22 minutes par rapport aux machines d'avant. C'est une des raisons pour lesquelles la Compagnie de l'Est n'a pas voulu moderniser, parce-que elles étaient très modernes et que donc elles rendaient toute satisfaction et que ce sont des locomotives …. On aurait rien apporté en temps, à cette époque, en modernisant. C'était des locomotives réussies, construites, pensées pour la ligne de la Bastille. Mais, en 1962 arrivent des locomotives qui sont les 141 TB qui étaient même un tout petit peu plus anciennes, mais qui ont été dotées à partir de la fin des années 50 de la réversibilité. C'est à dire que la machine est à un bout et il y a la voiture pilote à l'autre. Avec la non réversibilité, la machine arrivait cheminée en avant et dans la gare de la Bastille, il y avait un chariot transbordeur qui l'a faisait glisser sur la voie adjacente. Elle refoulait et elle allait se remettre en tête de la rame et elle refaisait son train. Avec la réversibilité, la voiture pilote arrive en tête du train et puis il n'y a plus de manœuvre. Donc on arrive à gagner du temps d'une façon remarquable.

Ce sera la dernière innovation introduite sur cette ligne qui allait fermer définitivement quelques années plus tard, le soir du 13 décembre 1969. Le lendemain à 5h, c'était un dimanche, elle était transmise à la RATP et intégrée au réseau du RER, mais amputée de la section Bastille-Saint-Mandé. Les voutes du viaduc Daumesnil abrite les activités de plusieurs artisans et commerçants. On y trouve même un magasin de modélisme ferroviaire. La gare de la Bastille, est transformée en salle d'exposition. La SNCF en organisera une mémorable, dédiée au modélisme ferroviaire en 1976. Elle sera fréquentée par plus de 75000 visiteurs. Une reconversion qui ne sera que temporaire, car en haut lieu, on a d'autres idées quand au devenir de cet espace urbain. Les parisiens sont néanmoins restés très attachés à la gare de la Bastille. On en voyait beaucoup, dans les derniers temps de son exploitation se poster sur les quais, pour simplement regarder aller et venir les trains.
C'est un peu comme s'ils étaient venus ici pour observer médusés la fin d'un monde qu'ils pressentaient, sans pouvoir croire que celui-ci allait vraiment disparaître. D'ailleurs nombre d'entre eux se sont efforcés pendant bien des années encore d'en perpétuer le souvenir.

La particularité aussi, d'ou l'attachement, c'est que dans la grande région Est de la SNCF, la ligne « V », la ligne de Vincennes, vivait en autarcie. Et donc les voyageurs et les employés, c'est une grande famille. Ils se connaissaient, les visages se connaissaient. Vous faisiez une carrière complète. Vous rentriez comme élève à la gare de la Bastille, on y finissait sa carrière. Les gens qui étaient au dépôt de Nogent-Vincennes, y faisaient leur carrière. Du coup, il y a des liens qui se tissent. Ce qui était quand même très marquant c'est qu'après la fermeture, la disparition de la ligne, pendant 25 ans, c'est à dire une génération, tous les ans il y a eu des anciens de la ligne, des anciens employés cheminots et des anciens voyageurs qui se sont retrouvés pour un banquet annuel.

Autre signe fort de cet attachement, les nombreuses photos et anecdotes que Didier Leroy continue de découvrir à son sujet et qui l'ont poussé à écrire son deuxième livre sur la gare de la Bastille et la ligne de Vincennes aux éditions de la Vie du Rail, après un premier paru en 2002. Dans ce nouveau livre, le 22ème que signe Didier Leroy, 300 photos inédites ont été rassemblées et l'auteur apportent de nouveaux détails et précisions sur l'histoire de la gare et de la ligne. Il a également fait figurer dans cet ouvrage des objets relatifs à la vie de la ligne V, et plusieurs plans qui ne figuraient pas dans le précédent. Le livre Il y a 50 ans … Paris Bastille, est disponible dans la boutique de la Vie du rail dont vous retrouverez le lien sous cette vidéo et dans l'Aiguillolettre de cette fin de semaine. Une séance de dédicaces en présence de l'auteur est prévue à la rentrée prochaine, à la Boutique de la Vie du Rail. Je vous en reparlerais.

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