Aiguillages, tourisme et loisirs ferroviaires

Le Train 1900

(Pétange-Luxembourg)

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Le Train 1900 (Pétange-Luxembourg)

Transcription :

Une destination inédite aujourd'hui, je vous propose de me suivre au Luxembourg, ou nous irons rendre visite dans un parc industriel, naturel et ferroviaire, au Train 1900, dans la petite vallée dite du Fond de Gras. Un site sur lequel sont proposés de très nombreuses activités qui retracent l'histoire de l'exploitation du minerai de fer et du développement du chemin de fer au Luxembourg.
Bonjour et bienvenue dans Aiguillages !

Pétange et la vallée du fond de Gras se trouvent dans le sud-ouest du grand-duché du Luxembourg. Le premier train de la journée, un autorail ouvre la marche en tout début d'après-midi. Nous partons chercher les voyageurs qui pour la plupart feront le voyage dans le sens inverse et embarqueront à Pétange pour venir passer une partie du reste de la journée dans la vallée, ou a été aménagé un parc industriel, naturel et ferroviaire. Un musée en plein air qui retrace l'histoire industrielle du site. Car, oui, cette vallée aujourd'hui calme et verdoyante, a longtemps été truffée de mines dont était extrait du minerai de fer, que des trains transportaient vers les usines ou il était transformé en acier. Une activité qui a démarré à la fin du XIXème siècle, et qui a conduit à percer les flancs de la vallée pour y aménager de nombreuses galeries. L'exploitation va se prolonger jusque dans les années 60, avant qu'il ne devienne plus rentable d'importer le minerai de fer depuis des pays comme le Brésil, la Mauritanie, ou encore la Suède, possédant des gisements dont la teneur en fer était beaucoup plus importante que celle du plateau de Briey, cette partie du bassin houiller Lorrain, ou nous nous trouvons.
Notre train circule sur l'ancienne dite "des Minières", inaugurée en 1874 par la "Compagnie luxembourgeoise des Chemins de fer et Minières Prince Henri", dont l'exploitation a cessé en 1963 à la suite de l'abandon des exploitations minières dans la vallée. Elle sera reprise sous forme touristique après la création en 1970, de l'Association des Musées et Tourisme Ferroviaires, l'AMTF pour commencer à y exploiter le Train 1900, trois ans plus tard. Une ligne de 8 km, à voie normale, qui est aujourd'hui reconnectée à la gare de Pétange. Avant d'y arriver, l'équipe du train, installe le téléphone de campagne qui servira à communiquer avec celle de la gare de Fond de Gras.

Bon vous avez compris l'essentiel, même si les échanges se font en luxembourgeois, le chef de gare note l'heure et la position du train et c'est sur la base de ce principe que la sécurité des circulations est assurée.

On a un système de sécurité double qui consiste en des tickets de voie libre que le mécanicien ou l conducteur d’autorail doit avoir et en plus il doit s’annoncer en gare de Fond-de-Gras à la station intermédiaire u au terminus pour qu’à chaque instant on sache où les trains se trouvent et pour pouvoir informer les voyageurs quand ils pourront espérer que le train vienne. C’est le système du bâton pilote d’antan sauf qu’on a ça avec des tickets numérotés. La gare de Fond-de-Gras, c’est le centre d’exploitation où il y a des chefs de circulation qui règlent l’ensemble des mouvements de gare et sur les deux tronçons de ligne.

Il y a toujours deux trains qui roulent, un autorail, et un train à vapeur, et deux destinations possibles une fois arrivé au Fond de Gras. En principe les voyageurs prennent le train à Pétange ou il est reçu dans les emprises de la gare des Chemins de Fer Luxembourgeois, pour être amené au fond de la vallée, mais ils peuvent également venir directement sur l'ancien site minier et faire le voyage dans l'autre sens. De la, il est possible de faire un aller-retour jusqu'à Rodange, sans toutefois descendre à cette gare. Le billet permet de voyager à volonté toute la journée.

Ici on est à Fond-de-Gras, c’est-à-dire entre 3 communes : Differdange, Pétange et Rodange et en plus même on peut dire la Sauvage. Il y a la ligne qui va à Pétange et qui en revient, on a la ligne qui va aller à Rodange. Rodange, c’est environ 5 minutes de voyage, on a 5 minutes d’arrêt et après les 5 minutes on revient à Fond-de-Gras. Pour aller vers Pétange, c’est un peu plus long.

La gare de Fond de Gras, s'appelait à l'origine la gare de Lamadeleine, et ne voyait pas franchement passer de voyageurs. Elle était dédiée aux marchandises, elle comptait alors 8 voies appartenant à la société de Chemin de Fer Prince Henri, et 6 autres voies privées. On y manœuvrait beaucoup, pour placer les wagons sous les quais de chargement, puis former les convois qui partaient une fois complets vers Pétange. Les touristes ont commencé à affluer au Fond de Gras à partir du début des années 70, sous l'influence d'une bande de passionnés, bien déterminée à faire vivre sur le site un train historique.

On a commencé en 1970 et on a travaillé 3 ans pour faire le minimum pour pouvoir circuler, donc le 4 août 1973 on a commencé à rouler. On avait une locomotive et 4 wagons, les vieux wagons belges, les wagons en bois ! On a roulé et puis on a eu une pièce et l’autre, on a retapé une deuxième machine qu’on a complètement retapée à partir de la ferraille, et puis on s’est agrandis petit à petit et après 17 ans donc en 1986, le ministre des sites et monuments et du tourisme, qui était de la région, a eu le béguin pour retaper tout le site. A ce moment-là l’Etat a commencé à investir énormément d’argent ici pour retaper tous les murs, tous les environs, là-haut et tout ça, c’était énorme. A ce moment-là, d’abord on pouvait survivre et puis on s’est constamment élargis, on a construit ces bâtiments et tout ça. Après 2000, on a eu une équipe de chômeurs qui se sont implantés ici et qui travaillent pendant la semaine sur nos indications et depuis lors ça porte ses fruits : il y a toujours plus de gens, des gens proactifs, il y a des carrossiers, des menuisiers qui ont pu retaper des wagons en toute perfection, nous avec nos moyens on n’aurait pas su faire.

Et c'est ainsi que l'Association qui gère le train 1900 a pu se retrouver à la tête d'un imposant parc de matériel roulant. En tout une 12 aine de locomotives vapeur ou diesel, 2 autorails, des voitures construites entre 1896 et 1934, soigneusement restaurées et bien sur divers wagons qui servaient au transport du minerai. Sans compter un poste d'aiguillages et de signalisation, qui n'existait pas sur place à l'époque, mais qu'elle a pu récupérer et qu'elle met petit à petit en service à la gare du Fond de Gras.

Le poste de signalisation c’est un poste mécanique qui a été en service jusque dans les années 90 sur une ligne CFL dans le cadre de sa modernisation. Le matériel a été récupéré et il a été adapté à la géographie de la gare du Fond-de-Gras, ici à l’époque de l’exploitation il y avait uniquement un signal d’entrée du côté de Pétange pour protéger la gare, pour le reste tous les aiguillages étaient manœuvrés à pied d’œuvre. Il faut dire que c’était uniquement des mouvements de trains marchandise et déplacements de wagons de minerai.

Par conséquent, il a fallu consacrer pas mal de temps à étudier comment intégrer cette installation à celles de la gare.

C’était beaucoup de travail théorique, d’abord pour s’initier au fonctionnement de cette technologie, ensuite mettre ça en place c’était un bon travail ami ça illustre comment ça fonctionne et nous partons toujours du point de vue que des expositions statiques, il y en a assez donc il faut montrer comment ça fonctionne et comment la logique derrière était. On a un certain nombre d’aiguillages qui sont manœuvrés à pied d’œuvre, il y en a d’autres qui sont manœuvrés à partir d’ici, c’est un travail qui n’est pas fini, qui met beaucoup de temps parce que plus on s’écarte d’ici, lus la complexité … mais c’est surtout le noyau central de la gare et les signaux d’entrée et de sortie qui fonctionnent tous avec la logique d’un itinéraire défini qui fonctionne.

Les trains roulent les dimanches et les jours fériés et pour assurer les différents postes de chef de gare à conducteur, en passant par contrôleur, l'association peut compter sur une 30 aine de membres qui se relayent. Raymond a rejoint l'Asbl il y a pas mal de temps déjà.

Ça va faire normalement 9 ou 10 ans, comme je suis un ancien habitant ici de Differdange, je le connaissais depuis que j’étais petit.

Raymond qui a le souvenir d'avoir beaucoup voyagé en train dans sa jeunesse, ce qui est sans doute à l'origine de sa passion.

Déjà depuis ma toute jeunesse ! Quand j’étais encore jeune on roulait avec le train à gauche et à droite et c’est toujours resté, comme j’étais un habitant d’ici dans le temps, parce que maintenant j’habite en Allemagne, je viens d’Allemagne jusqu’ici pour mon hobby. Des anciens trains comme celui-là avec les voitures du Prince Henri c’était pareil déjà dans le temps on roulait avec ça.

Le jour du tournage de ce reportage, Raymond était préposé à la conduite de l'un de ces petits autorails que l'on voyait beaucoup en Allemagne, en Belgique et bien sûr au Luxembourg. Celui-ci d'ailleurs à circuler sur les voies des CFL, les Chemins de Fer Luxembourgeois entre les années 50 et 70.

C’est un Uerdingen de 1953. Il faut déjà l’aimer, sinon on ne serait pas ici ! C’est un hobby pour nous, quand on aime bien le faire.

Un autorail à la conduite un peu délicate tout de même.

Celui-ci est un peu délicat, oui, parce que comme vous voyez il y a 3 pédales : l’embrayage, le frein, le gaz, c’est comme un ancien camion sur roue, comme on dit. Normalement, si je regarde bien je crois qu’il y en a 6 mais pour l’instant on ne prend que 3 vitesses parce qu’on a un minimum qu’on a le droit de rouler sur une voie comme ici, on n’a plus le droit de rouler à plus que disons 15 km/h, pour le tourisme. Celui-ci, ça fait maintenant 3 ans qu’il roule, qu’il est en bonne forme et ça fait 2 ans que moi-même je le conduis.

Dans l'après-midi Raymond et son autorail feront plusieurs allers-retours jusqu'à Pétange ou Rodange et il croisera à plusieurs reprise le train à vapeur dans l'une ou l'autre des gares. Celui-ci était assuré par la première locomotive dont l'association a fait l'acquisition. La N°8 construite par Hanomag en 1900 et qui fit toute sa carrière au sein du groupe sidérurgique ARBED. A l'époque, la gare du Fond de Gras ne voyait pas passer de voyageurs, mais que des trains de minerai.

C’était un ancien site minier, il n’y avait que des transports de minerai ici. La voie a été posée en 1875 expressément pour arriver ici, pour accoster à la montagne pour être au nveau de la sortie de mine. Ce chemin de fer était un chemin de fer privé, c’était le Chemin de Fer et Mines Prince Henri de ce temps-là, ils ont fait énormément de bénéfices sur cette ligne. A ce moment-là quand les chemins de fer ont débuté, il n’y avait pas beaucoup d’argent dans le pays alors on a trouvé une astuce : les gens qui ont investi de l’argent pour construire la ligne à la société Prince Henri, on a légué des concessions de mines. De ces concessions, ils gagnaient beaucoup d’argent à cause du transport, avec le revenu des mines. Avec ce surplus de bénéfices, ils devaient entretenir les voies rurales qui étaient plutôt déficitaires, et ça a bien marché jusqu’en 1936, alors il y a eu une crise : plus de travail dans les mines, plus de travail dans les usines, alors les bénéfices très vite ont chuté. En 1940 quand les allemands sont venus, le chemin de fer a été repris par les allemands et la société a fait son dernier bilan : bénéfice 0.
Il y a beaucoup de minerai qui partait d’ici en Belgique. Pendant la guerre, les allemands ont tourné ils ont envoyé le minerai en Allemagne. Après les gares, les années 48-49, ça fonctionnait encore mais les mines étaient tout à fait défraichies il n’y avait presque plus rien dans les mines. Les mines ont continué jusqu’en 1956-58 puis c’était plus ou moins fini ici.

Dans le même temps, les usines cherchant à gagner en productivité, celle de Rodange s'était dotée d'un système de bennes circulant dans les airs, accrochées à un câble. Rachetant peu à peu d'autres exploitations ce téléphérique ne transportant que du minerai a été étendu aux autres sites, rendant superflue l'utilisation de la ligne de chemin de fer. Mais c'est un glissement de terrain qui a mis un terme définitif à son exploitation.

A la ligne, en 1964 il y a eu au Fuusbesch où on s’est arrêtés en cours de route, un énorme éboulement de terrain et tout le terrain est passé sur les voies, donc la voie était coupée entre Pétange et ici avec cet éboulement.

L'usine de Rodange se retrouvant avec du matériel ferroviaire désormais inexploité, ses dirigeants songent à faire de ses deux locomotives à vapeur, des monuments qui auraient été exposés. C'était compter sans Jacques Till et sa bande de copains, étudiants à l'époque, qui s'attacheront à faire revivre la ligne, en la transformant en un train touristique. Bien leur en a pris, près de 50 ans plus tard, leur rêve a pris une dimension inespérée.

Le fond de Gras, c'est un site que je vous recommande vivement de visiter, et où j'espère bien aller de nouveau trainer avec la caméra d'Aiguillages, car outre le Train 1900, il y a d'autres sujets et en particulier un autre train, minier celui-ci à découvrir sur place.

La semaine prochaine dans Aiguillages, le nouveau réseau à l'échelle ho, de l'Association des Modélistes Ferroviaires d'Albens, la gare du Villiers du lac.

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